Articles - Déconfinement : Des soignants disent NON, c'est beaucoup trop tôt!

Le déconfinement? Les soignants ne veulent pas en entendre parler. "C'est beaucoup trop tôt et irresponsable !"

Articles - Déconfinement : Des soignants disent NON, c'est beaucoup trop tôt!
Déconfinement : L'épidémie de covid-19 continue de progresser en France et les discours politiques sur "l'après-coronavirus" font craindre le pire aux soignants.

Pour l’opposition de droite, évoquer la sortie du confinement dès la semaine dernière était "une erreur", dont les conséquences ont pu se mesurer dimanche, lorsque beaucoup de Français sont sortis se balader.

Le déconfinement? Ces soignants ne veulent pas en entendre parler

Pour les quelque 65 millions de Français, contraints de rester chez eux depuis le 17 mars afin d’éviter la propagation du Covid19, c’est la grande question : quand le confinement sera-t-il levé ? Et, par ricochet, comment en sortirons-nous ?

Pour le moment, les mesures restreignant les sorties sont en vigueur jusqu’au 15 avril, mais elles seront, selon toute vraisemblance, prolongées. En listant la semaine dernière quelques pistes de sortie de crise, Édouard Philippe a-t-il brûlé les étapes ?

Le déconfinement? Ces soignants ne veulent pas en entendre parler

Déconfinement : Annonce prématurée 

Le Premier ministre a évoqué pour la première fois le sortie du confinement le mercredi 1er avril, lors d’une audition devant la mission d’information de l’Assemblée nationale sur la gestion gouvernementale de la crise.

Édouard Philippe a estimé "probable que nous ne nous acheminions pas vers un déconfinement général et absolu, en une fois et pour tout le monde". Il a parlé d’un déconfinement par région" et "sujet à une politique de tests, en fonction, qui sait, de classes d’âge".

Mais le confinement n’est pas déjà prolongé jusqu’à la fin avril? Officiellement, la réponse est non. Mais la question, que nous pose une infirmière travaillant dans un hôpital parisien, montre à quel point le personnel soignant est à la tâche, loin du calendrier politico-sanitaire décidé par le gouvernement et des polémiques qu’il entraîne. 

Le déconfinement? Les soignants disent non ! c'est trop tôt

Car depuis plusieurs jours, la question de la sortie du confinement et du monde d'aprés de l'épidémie du coronavirus semble être sur toutes les lèvres.

À commencer par celles d’Édouard Philippe qui a été précurseur en la matière, évoquant mercredi 1er avril, lors de son audition devant la mission d’information de l’Assemblée nationale, un déconfinement progressif. Et ce, sous la pression d’une opposition politique qui accuse désormais le Premier ministre de mettre la charrue avant les bœufs.

Les soignants, eux, sont plus constants dans leurs critiques et beaucoup s’inquiètent effectivement d’un timing qui ne serait pas le bon.

Le déconfinement? Les soignants disent : NON, TROP TÔT !

Tous à bout

Difficile pour ces professionnels de planifier un retour à la normale, alors qu’ils sont quotidiennement confrontés aux ravages de l’épidémie de coronavirus.“Le rythme est très tendu, on est crevé.

On se dit qu’on pourra encore tenir deux semaines dans cette situation, mais si c’est un mois... on sera tous à bout”, prévient Marie* (prénom d’emprunt), infirmière dans un hôpital parisien au HuffPost. 

Le déconfinement? Ces soignants ne veulent pas en entendre parler

Pour elle, aucun doute, la question “de l’après” est beaucoup trop prématurée.

”D’un point de vue sanitaire déjà puisque l’épidémie continue de s’étendre en France et que les premiers effets de la restriction des déplacements se font tout juste sentir. “En Île-de-France et dans d’autres régions, le confinement porte à peine ses fruits. C’est hyperléger et on reste utra-prudent”, nous explique Marie, pour qui le personnel médical “ne pourra pas tenir” en cas de relâchement prématuré.

Mais pour certains soignants, le simple fait de poser la question et d’envisager la sortie de crise revient déjà à envoyer un mauvais signal aux Français alors que le pays n’a pas encore atteint son pic épidémique.

“Je ne comprends même pas qu’on parle du déconfinement, ça continue d’arriver constamment”, témoignait une autre infirmière de la région parisienne le 4 avril à l’AFP.

Le déconfinement? Ces soignants ne veulent pas en entendre parler

De là à faire un lien entre le désir de sorties de certains Français et la porte ouverte du gouvernement à la fin du confinement? Les soignants ne s’y risquent pas. Mais certains pointent une communication erratique et “des discours incompréhensibles pour les Français.”

“Je me mets à la place des gens à qui ont dit vous pouvez sortir faire votre jogging mais pas aller au parc. Vous devez limiter les contacts mais devez aller travailler alors même que votre travail n’est pas indispensable au fonctionnement de l’État...”, regrette Thierry Amouroux, le porte-parole du syndicat des infirmiers, dénonçant au HuffPost “le discours complètement incohérent” du gouvernement.

Le déconfinement? Ces soignants ne veulent pas en entendre parler

Et c’est, selon lui, parce que l’exécutif “a merdé” sur tous les autres domaines de la lutte contre le coronavirus -des commandes de masques en passant par la politique de dépistage- qu’il faut organiser au mieux le déconfinement. Quitte à le mettre aussi rapidement sur la table, à la condition qu’il soit compréhensible. 

“Il faut anticiper car ils ont été incapables de le faire”, ajoute-t-il, estimant que la pire des choses serait “un déconfinement au doigt mouillé” à l’image de la réponse de l’exécutif depuis le début de la crise sanitaire. 

Le déconfinement? Ces soignants ne veulent pas en entendre parler

Gare à “l’effet Coupe du Monde”

Seulement, outre les contours flous du “déconfinement progressif” dessinés par Édouard Philippe, on ne peut pas dire que la communication du gouvernement  soit limpide à ce sujet.

Prématurée cette sortie du Premier ministre? Faute de pouvoir préciser les modalités du retour à la normale, la question a quelque peu disparu des interventions médiatiques de la majorité depuis que le chef du gouvernement s’est risqué à l’évoquer.

Ce que déplore Thierry Amouroux, pour qui la mise sur la table d’un déconfinement, quelle que soit sa nature, aurait dû s’accompagner d’un “horizon clair”, au risque d’être contre-productive. 

Le déconfinement? Ces soignants ne veulent pas en entendre parler

Question horizon, certains voient encore plus loin. Une soixante de parlementaires -LREM, MoDem, PS ou encore Libertés et territoires- ont lancé une plateforme en ligne pour préparer le “jour d’après” le coronavirus.

Le site, qui restera en ligne un mois provoque d’ailleurs des remous dans la majorité, certains, à l’image de la députée Marie Lebec, critiquant “cette course politicienne au ‘monde d’après’ quand la guerre est encore loin d’être gagnée.”

Loin de ces pratiques politiques, les soignants se préparent quant à eux à un “jour d’après” plus terre-à-terre: celui de “l’effet coupe du monde.”

Le déconfinement? Ces soignants ne veulent pas en entendre parler

Autrement dit, la crainte de voir les Français célébrer la fin du confinement en se réunissant dans les bars ou chez eux.

“Quand on écoute des célébrités confinées dire qu’ils organiseront de grandes fêtes, de grandes retrouvailles avec leurs amis une fois le confinement terminé... mais en fait non”, s’inquiète Marie, notre infirmière à l’AP-HP.  Avant de poursuivre: “c’est juste impensable, on risque de se recontaminer les uns les autres.” Visiblement demain, c’est loin.

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