"J'ai fait la morte pendant plus d'une heure" : Le témoignage d'une survivante sud-africaine

 

Isobel Bowdery faisait partie de ces centaines de spectateurs qui ne souhaitaient qu'une chose : prendre du bon temps devant un concert des Eagles of Death Metal vendredi 13 novembre au soir. 

Au lieu de ça, l'horreur sans nom. 

Au milieu de la prestation, des bruits de tirs de kalachnikov. Elle confie penser qu'il s'agissait d'une mise en scène de la part du groupe qu'elle était venue supporter. Mais très vite, elle comprend qu'il s'agit d'une attaque terroriste. Dans le plus grand malheur que la France ait connu, cette jeune femme sud-africaine a pu connaître la chance. Elle a en effet survécu en faisant la morte pendant plus d'une heure.

Suite à cette horreur, Isobel Bowdery est revenue sur cette épisode qu'elle n'oubliera jamais de sa vie en témoignant sur sa page Facebook. 
 

"Vous me faites croire que le monde peut devenir meilleur"

 

Ce message, notre confrère Slate l'a traduit : 

"On ne pense jamais que ça va nous arriver. C'était juste un vendredi soir, un concert de rock, une ambiance super, tout le monde qui sourie et qui danse. Et puis quand les types sont arrivés par l'entrée avant et ont commencé à tirer, on a pensé naïvement que ça faisait partie du spectacle. Ce n'était pas qu'un attentat terroriste, c'était un massacre. Des dizaines de gens ont été abattus juste devant moi. Des flaques de sang se sont répandues sur le sol. Des hommes qui tenaient le cadavre de leur copine dans leurs bras hurlaient, leurs cris déchirant la petite salle. En un instant, des avenirs ont été démolis, des familles brisées. Choquée et seule j'ai fait la morte pendant plus d'une heure, couchée parmi des gens voyant leurs êtres chers devenir immobiles. J'ai retenu ma respiration, j'ai essayé de ne pas bouger, de ne pas pleurer – de ne pas montrer aux types la peur qu'ils voulaient tellement voir. J'ai eu énormément de chance de survivre. Mais beaucoup n'ont pas eu cette chance. Ces gens qui se trouvaient là pour les mêmes raisons que moi – passer une bonne soirée –, ils étaient innocents. Ce monde est cruel. Et ce genre d'actes est censé montrer la dépravation des humains et les images de ces types qui nous ont tourné autour comme des vautours me hanteront pour le restant de ma vie. Cette manière qu'ils ont eue de mettre soigneusement en joue les gens dans la fosse où j'étais avant de les abattre sans la moindre considération pour la vie humaine. Ça n'avait pas l'air réel, à tout moment je m'attendais à ce que quelqu'un dise «c'est un cauchemar». 

 

facebook

Mais avoir survécu à cette horreur me permet de rendre hommage à des héros. L'homme qui était à côté de moi, qui m'a rassurée et a risqué sa vie pour essayer de me cacher la tête pendant que je pleurais, le couple dont les derniers mots d'amour font que je crois encore à la bonté dans le monde, aux policiers qui sont parvenus à sauver des centaines de personnes, aux inconnus qui m'ont récupérée dans la rue et m'ont réconfortée pendant les 45 minutes où j'étais persuadée que le garçon que j'aime était mort, à l'homme blessé que j'ai pris pour lui et qui, quand j'ai vu que ce n'était pas Amaury, m'a pris dans ses bras et m'a dit que tout allait s'arranger, même s'il était aussi seul et effrayé que moi, à la femme qui a ouvert sa porte aux survivants, à l'ami qui m'a hébergée et est allé m'acheter de nouveaux habits pour que je n'ai pas à garder ce haut maculé de sang, à vous tous qui m'ont envoyé des messages de soutien – vous me faites croire que le monde peut devenir meilleur. Que cela ne se reproduira jamais. 

Mais l'essentiel de ce message, je veux le dédier aux 80 personnes qui ont été assassinées dans cette salle, ceux qui n'ont pas eu ma chance, qui ne se réveilleront pas demain, je veux le dédier à toute la souffrance de leur famille et de leurs amis. Je suis tellement désolée. Rien n'effacera la douleur, mais je me sens privilégiée d'avoir été là lors de leur dernier souffle. Et comme j'ai vraiment cru que j'allais les rejoindre, je peux vous dire que leurs dernières pensées n'ont pas été pour les animaux qui nous ont fait ça. Elles ont été pour les gens qu'ils aimaient. Couchée dans le sang d'inconnus, à attendre la balle qui allait mettre fin à mes même pas 22 ans, j'ai visualisé tous les visages que j'ai un jour aimés et je leur ai murmuré «je t'aime» encore et encore, je me suis repassé les meilleurs moments de ma vie. Je voulais qu'ils sachent combien je les avais aimés, qu'ils sachent que malgré ce qui allait m'arriver, il fallait qu'ils croient à la bonté des gens, qu'ils ne laissent pas ces types gagner. La nuit dernière, tant de monde a vu sa vie changer pour toujours et c'est à nous de faire sortir le meilleur de nous-mêmes. De vivre les vies que les victimes innocentes de cette tragédie ont pu rêver, des rêves qu'elles ne pourront malheureusement jamais réaliser. Vous êtes des anges, reposez en paix. Jamais on ne vous oubliera."

 

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